À Lille, l’essai clinique pour un médicament anti-Covid est lancé

Le clofoctol. C’est le nom d’une molécule utilisée pendant des années en France pour traiter les rhino-pharyngites sous le nom de médicament Octofène. Cette molécule s’est montrée particulièrement puissante contre le SARS-CoV-2 dans plusieurs modèles précliniques : elle pourrait inhiber la réplication du virus.

→ CONTEXTE. Covid-19 : la perspective d’une vaccination obligatoire divise les soignants

Les chercheurs de l’Institut Pasteur de Lille, en collaboration avec des cliniciens infectiologues, statisticiens et médecins généralistes des Hauts-de-France, ont conçu un essai clinique pour tester ce traitement expérimental dans la prise en charge des patients Covid. « En administrant ce médicament aux patients testés positifs très tôt dans la maladie, on pourrait éviter des hospitalisations, indique le professeur Xavier Nassif, directeur général de l’Institut Pasteur de Lille. La tolérance et l’efficacité du traitement, c’est ce que l’essai clinique va chercher à vérifier. »

Un essai sur 600 à 700 patients volontaires de plus de 50 ans

Le projet de recherche autour du clofoctol, intitulé projet Therapide, avait reçu le 7 avril dernier le label « Priorité Nationale de Recherche ». Ce label permet l’accès exclusif à une procédure accélérée d’évaluation du dossier d’autorisation réglementaire par le Comité de protection des personnes (CPP) et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Après plusieurs semaines d’attente, l’ANSM a émis un avis favorable le 10 juin, faisant suite à celui du CPP.

Depuis le 14 juin, des médecins investigateurs ont ouvert le recrutement dans différentes communes des Hauts-de-France, notamment Senlis, Maubeuge, Château-Thierry et Lille. L’essai clinique portera sur 600 à 700 patients des Hauts-de-France volontaires, respectant ces critères : être âgé de plus de 50 ans, avoir un test positif récent, avoir au moins un symptôme et ne pas avoir été vacciné.

Pour le mener à bien, l’Institut Pasteur compte sur la collaboration des médecins généralistes et des laboratoires de biologie médicale de la région. Un groupe de patients sera traité par placebo, l’autre par clofoctol, pris matin et soir sous forme de suppositoire pendant cinq jours, en aveugle des deux côtés. Afin d’avoir un premier résultat effectif à cette étude, le nombre de 346 patients volontaires doit être atteint.

Le repositionnement de médicament

« Face au Covid, la vaccination est une arme efficace mais nous aurons toujours besoin d’un traitement », souligne le directeur général de l’Institut Pasteur de Lille. Les équipes de recherche lilloises (Institut Pasteur de Lille, Inserm, Université de Lille, CNRS et CHU de Lille), en collaboration avec l’entreprise Apteeus, ont mis plusieurs mois à identifier cette molécule.

Ce projet français de repositionnement est une piste sérieuse contre le traitement du Covid-19. On parle de repositionnement quand le médicament testé existait déjà pour traiter une autre pathologie. « Dans le cas des essais cliniques menés pour traiter le Covid, il s’agit pour l’heure exclusivement de molécules existantes car personne n’a encore pu mettre au point une nouvelle molécule, même si on finira par y arriver », précise le professeur Nassi.

Au bout de plusieurs mois d’essais, si les résultats sont conformes aux attentes des chercheurs, l’Institut Pasteur de Lille pourra déposer une demande de mise sur le marché du clofoctol. Les premiers résultats sont attendus après l’été.