30 ans de réclusion criminelle pour l’auteur d’un quadruple meurtre familial

« Je regrette infiniment ce qui s’est passé (…). Je demande pardon à Sébastien, à Charlotte, à Brigitte et à Pascal. » Ce sont les derniers mots prononcés par l’accusé Hubert Caouissin, 50 ans, devant les assises de Loire-Atlantique, après treize journées d’audience éprouvantes. Sa condamnation à 30 ans de réclusion criminelle signe l’épilogue d’un long voyage au bout de la nuit. Sa compagne Lydie Troadec a, elle, été condamnée à trois ans de prison dont deux fermes. Durant près de trois semaines, cette salle du tribunal de Nantes, ceinte de hauts murs rouges sans fenêtre, a été plongée dans la noirceur d’un quadruple meurtre familial. Celui de Pascal Troadec, de sa femme Brigitte (49 ans tous les deux) et de leurs enfants, Charlotte (18 ans) et Sébastien (21 ans), dans la nuit du 16 au 17 février 2017.

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L’accusé a livré un récit détaillé de la nuit du drame, dans le pavillon de son beau-frère à Orvault (Loire-Atlantique), puis des jours suivants, dans la ferme de Pont-de-Buis (Finistère) où Hubert Caouissin vivait reclus avec sa compagne Lydie et leur fils Jean, 8 ans au moment des faits (1). C’est dans cette maison isolée que les corps des quatre victimes ont été minutieusement dépecés avant d’être brûlés puis dispersés en morceaux dans la nature environnante. Pour prendre la mesure de l’horreur, l’avocat des parties civiles, Me Olivier Pacheu, a rappelé deux chiffres : 326 grammes, correspondant aux restes osseux de la famille entière, et 379, pour le nombre de fragments humains retrouvés autour de la ferme.

Des versions opposées

Durant le procès, deux versions des faits n’ont cessé de s’opposer. Du côté des proches des victimes, Hubert Caouissin aurait anéanti une famille entière par « orgueil, jalousie et cupidité ». Dans sa plaidoirie rédigée sous la forme d’un conte de fées macabre, Me Cécile de Oliveira affirme que « l’idée de mort » flottait depuis plusieurs années dans la tête de l’accusé.

Lui a livré un tout autre récit. Venu dans la maison des Troadec en pleine nuit pour rechercher des preuves à ses accusations (un magot dérobé par Pascal à sa mère, Renée Troadec), il aurait tué accidentellement les quatre membres de la famille après avoir été surpris par Pascal. Pour l’un de ses avocats, Me Thierry Fillion, il convient de ne pas s’arrêter aux faits pour « leur énormité, leur gravité et leur épouvante » mais de « juger un homme », aux prises avec une pathologie mentale ayant altéré son discernement. Et de citer les expertises psychiatriques qui dépeignent à l’unanimité un délire paranoïaque, centré sur cet hypothétique magot familial dérobé par Pascal, qui n’a cessé de se développer jusqu’à l’issue fatale.

« L’homme prend sa grandeur à ne pas jeter la pierre », a poursuivi l’avocat, évoquant l’Évangile et rappelant le parcours de cet homme ordinaire, à l’enfance douloureuse, qui s’est plus tard enfoncé dans une « dépression profonde » ayant fait le creuset « d’une cage mentale dont il ne sortira pas ».

Une étincelle dans la nuit

Lors de leur réquisitoire, les avocats généraux avaient pour leur part demandé la peine maximale pour Hubert Caouissin – réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans – estimant que « le délire n’est pas tout ».

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Seule lueur dans ce tunnel de noirceur, Jean, le fils de l’accusé, dont il aura beaucoup été question tout au long du procès. Placé dans un foyer de l’aide sociale à l’enfance du Finistère, cet enfant décrit comme « vif, intelligent et curieux » fête ses 13 ans ce jeudi 8 juillet. L’une de ses éducatrices constate qu’il évolue bien, nourrit plusieurs passions et lit beaucoup.

« Il a résisté au délire paranoïaque de ses parents, raconte maître Olivier Mechinaud, l’avocat de l’association qui le prend en charge. Il est sincèrement triste et a toujours été convaincu que l’on ne s’en prend pas à la famille. Il sait pour cela que son père et sa mère devaient être jugés ». Avant que la cour ne parte délibérer, l’avocat de l’accusé a demandé de retenir une image. Celle de Jean avec son père, restant longuement front contre front, au parloir de la maison d’arrêt de Nantes. Comme une étincelle d’humanité.