sitôt réélu, Xavier Bertrand veut imposer sa marque pour 2022

Son discours de victoire depuis son fief de Saint-Quentin (Aisne) fut court, calibré pour les chaînes de télévision, allant à l’essentiel : 2022. D’ailleurs, Xavier Bertrand n’a pas fait attendre ses militants. C’est à 20 h 02, sous les ovations d’un petit parterre de soutiens et de colistiers, qu’il est arrivé dans la salle municipale du Palais de Fervaques. Au moment où, les yeux embués, il démarre sa prise de parole sous des lustres un peu kitsch, il sait déjà depuis plusieurs heures qu’il a remporté la région des Hauts-de-France. L’après-midi du vote, il donnait même au quotidien Les Échos, un entretien pour commenter, avec un peu d’anticipation, sa victoire.

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Avec 52,3 % des suffrages recueillis au second tour de ces élections régionales, l’homme de droite a dominé ses adversaires, au premier rang desquels le candidat du Rassemblement national Sébastien Chenu (25,6 %), à qui il a consacré l’essentiel de ses flèches pendant cette campagne « L’histoire retiendra que par deux fois, ici, sur la terre des Hauts-de-France, fidèle à une certaine idée de la France, le Front national a été arrêté et nous l’avons fait fortement reculer », a acté avec gravité le président de région, se posant ainsi comme un adversaire capable d’infliger une sévère défaite « aux extrêmes et aux identitaires ».

S’imposer à droite

Xavier Bertrand l’avait annoncé dès mars dernier, scellant son destin politique à un scrutin local : il ne se lancerait dans la course présidentielle qu’à condition d’être reconduit à la tête des Hauts-de-France. « Question de légitimité », avait-il asséné du ton de l’évidence quelques mois plus tôt, quand rien ne lui assurait cette confortable victoire contre le Rassemblement national, la liste d’union de la gauche et celle de la majorité présidentielle, qui malgré cinq ministres mobilisés, s’est retirée après un trop faible score à l’issue premier tour (9,1 %).

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Dimanche soir, Xavier Bertrand a salué un score « qui lui donne désormais la force d’aller à la rencontre de tous les Français ». Dans un entretien au journal Les Échos publié le lundi 28 juin, l’ancien maire de Saint-Quentin propose une analyse plus audacieuse encore du scrutin régional : « Maintenant, tout le monde a compris que la présidentielle est désormais un match à trois. Le match à deux, Marine Le Pen – Emmanuel Macron, a du plomb dans l’aile », veut croire celui qui est désormais sondé entre 18 % et 20 % à l’élection présidentielle (selon une étude Ipsos-Sopra Steria pour Radio France et France Télévisions paru au cours de la soirée électorale). Une cote qui le place pour l’instant au-dessus de ses possibles rivaux à droite Valérie Pécresse (12 %) et Laurent Wauquiez (13 %).

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Pas tout à fait de quoi écraser la partie dans son camp, souffle certains à droite. Dans son équipe de campagne, officiellement la question n’inquiète pas : « Xavier a ses entrées chez Les Républicains, il a aussi un bon réseau de parlementaires qui le soutient. La route est longue, mais ça ne sera pas l’obstacle principal », balaye Jean-François Rapin, sénateur du Pas-de-Calais et conseiller régional des Hauts-de-France.

« C’est un homme de cœur, qui parle comme nous »

Sans relâche depuis six ans, Xavier Bertrand tente d’imprimer sa marque politique, se plaçant comme un homme émancipé des partis (il a quitté Les Républicains en 2017) : celle d’un homme de terrain, travailleur, proche des Français, quitte à pourfendre de manière opportune les « politiques parisiens » dont il fit jadis partie comme ministre de la santé (2005-2007), puis du travail (2007-2009). Ce sont d’ailleurs ces traits de sa personnalité que plébiscite la poignée de militants venue l’applaudir dimanche soir, soulignant son parcours atypique d’ancien assureur du Nord. « C’est un homme de cœur, qui parle comme nous. Lui au moins, il est vivant ! Xavier n’est pas comme les autres à Paris ! », s’enflamme une militante sexagénaire, sous le regard approbateur de ses amis politiques.

Proximité, franchise, parler vrai… Ces éléments de langage sont martelés par son équipe de campagne, qui joue à fond la carte de l’humilité : « Pendant cette campagne, nous n’avons pas fait de grands discours. C’est ça, la méthode Bertrand : on bosse, on est efficace, on ne promet pas de miracles mais on fait tout ce qui est possible pour améliorer le quotidien des habitants », résume Antoine Sillani, conseiller national des Républicains et adjoint au maire de Croix (Nord).

Xavier Bertrand n’a pas hésité pendant son discours de victoire, à s’adresser directement aux « oubliés, aux silencieux, aux invisibles », érigeant en priorité la sécurité et le pouvoir d’achat des catégories populaires. « Il n’y a pas de fatalité, la politique n’est pas morte, elle peut rendre la vie meilleure », a devisé le président de région, sur fond d’abstention record : 66,82 % électeurs se sont abstenus au second tour des élections régionales et départementales dans les Hauts-de-France.