Nooshi Dadgostar, tombeuse du premier ministre Stephan Löfven

Les conditions sont posées. « Nous aimerions revoir Stefan Löfven comme premier ministre, mais sans les loyers de marché », a déclaré lundi 21 juin, la cheffe du Parti de gauche,Nooshi Dadgostar. Cette jeune femme née en 1985, peu après l’arrivée en Suède de ses parents fuyant la révolution iranienne vient de renverser le dirigeant social-démocrate au Riksdag, le parlement, avec 181 députés favorables à la défiance, sur un total de 349 élus.

Ultimatum

Pour cela, elle a bénéficié de l’appui de l’extrême droite, les « Démocrates de Suède », dont l’hostilité affichée visait plutôt la gestion migratoire, ainsi que des conservateurs dits « Modérés » et des Chrétiens-démocrates. Jamais une motion de censure n’avait abouti en Suède, après 11 tentatives infructueuses au cours de l’histoire. Et jamais ce revirement n’aurait été possible sans l’ultimatum lancé par Nooshi Dadgostar.

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Le 15 juin, elle donnait 48 heures au gouvernement pour retirer son projet de réforme de l’encadrement du secteur immobilier locatif. Les tentatives d’arrangement ont échoué. L’exécutif entendait stimuler la construction en instaurant des loyers libres pour les nouvelles constructions, ce qui avait pour but de répondre à une pénurie structurelle, mais qui aurait eu pour conséquence de faire grimper les prix. Or, la gauche et de nombreux Suédois tiennent plus que tout à ce sacro-saint pilier du modèle social suédois.

Nooshi Dadgostar affectionne sans doute plus encore qu’un autre l’encadrement des loyers. À sa naissance, sa famille vivait dans un foyer de réfugiés dans le village de Perstorp dans le sud, avant de s’installer à Norrköping (est), puis à Göteborg (ouest). À la sortie de ses études de droit, elle s’est très vite investie dans la politique du logement, en tant que vice-présidente des Jeunes de gauche.

En 2012, elle confonde le mouvement « Alby n’est pas à vendre », contre la vente de HLM au secteur privé. Et quand elle entre au parlement en 2014, c’est de la commission logement qu’elle devient membre. En 2017, elle est la première élue de gauche à diriger une enquête d’État, avec des recommandations pour accélérer la construction et faire fructifier au mieux les aides à la pierre.

Nouvelle coalition ou élections anticipées ?

Stefan Löfven n’a pas dit son dernier mot. Deux options s’offrent à lui, au terme de la semaine de réflexion que lui laisse la constitution. Provoquer des élections anticipées, mais ce n’est pas la piste privilégiée, ou démissionner et tenter de forger un nouvel alliage gouvernemental. À 63 ans, l’ancien soudeur, converti au syndicalisme dans le secteur de la métallurgie, puis à la politique, sait comment s’y prendre.

Au pouvoir depuis 2014, il s’est déjà remis en 2019 d’une instabilité de l’exécutif, qui l’a conduit à former un nouvel attelage minoritaire avec l’appui des Verts, mais aussi du centre et des libéraux. Mais cette entente l’avait contraint à des concessions importantes sur l’assouplissement du droit du travail, la diminution des impôts et la libéralisation du marché de l’immobilier qui coince aujourd’hui.

Par son intransigeance, Nooshi Dadgostar réalise de son côté un beau coup. Sa cote de popularité a triplé depuis qu’elle a pris la tête de son parti à l’automne dernier, passant de 10 % à 32 %. Depuis début juin, Stephan Löfven a quant à lui perdu trois points, avec 33 % de l’opinion derrière lui. En cas d’élection anticipée, ils seraient au coude à coude.