En Allemagne, les partis confrontent leurs programmes sur le climat

► Quels sont les objectifs de l’Allemagne en termes de lutte contre le réchauffement climatique ?

Le gouvernement de coalition (CDU/CSU/SPD) dirigé par Angela Merkel a revu ses ambitions à la hausse, après y avoir été contraint par la Cour constitutionnelle en mai. Il vise désormais la neutralité carbone à partir de 2045, soit cinq années plus tôt que convenu, et souhaite réduire de 65 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport à niveau de 1990, contre 55 % auparavant.

Le pays ne devrait plus compter de centrale à charbon d’ici à 2038, tandis que ses dernières centrales nucléaires seront mises à l’arrêt d’ici à la fin de l’année. Ce mardi 22 juin, la Fédération de l’industrie allemande (BDI) posait la question de la stratégie à adopter pour atteindre ces objectifs aux principaux candidats à la chancellerie : Armin Laschet, pour l’Union chrétienne-démocrate (CDU/CSU), Olaf Scholz du Parti social-démocrate (SPD), et Annalena Baerbock, du parti écologiste Bündnis 90/Die Grünen.

► Quelle place occupe la question climatique dans la campagne ?

La lutte contre le réchauffement climatique et ses conséquences économiques ou sociales s’est imposée comme le thème central de la campagne électorale outre-Rhin, bien plus que la sortie de la crise du coronavirus. En cause, la prise de conscience de la nécessité d’agir dans la société allemande. La montée en puissance du parti écologiste a mis la pression sur ses concurrents.

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Crédités de plus de 20 % des intentions de vote, les Verts pourraient devenir la deuxième force politique en septembre, derrière les chrétiens-démocrates et devant les sociaux-démocrates. En dehors du parti d’extrême droite (AfD), tous partagent le même objectif, à savoir atteindre la neutralité carbone tout en permettant à l’industrie du pays, pilier de l’économie nationale, de rester compétitive.

► Comment les trois principaux candidats à la chancellerie comptent-ils s’y prendre ?

Pour le conservateur Armin Laschet, qui a présenté son programme électoral lundi 21 juin, la transformation de l’économie doit passer par une réduction de la bureaucratie, afin de permettre aux entreprises d’agir plus vite, notamment pour faire émerger les projets d’infrastructure adaptés. Il rejette toute hausse d’impôts et table sur un retour à la croissance pour financer la transition.

Le candidat social-démocrate, Olaf Scholz, actuel ministre des finances, souhaite, lui, accélérer le rythme des réformes déjà lancées par le gouvernement mais qui, selon lui, ont été ralenties par ses partenaires de coalition. Parmi ces projets, la construction de lignes électriques reliant les centres de production d’électricité verte, dans le nord du pays, vers les lieux de consommation, dans le Sud.

Quant à la candidate écologiste Annalena Baerbock, elle tend la main à une industrie allemande qui suspecte souvent les Verts de privilégier des mesures coercitives. « Il y a quarante ans, à leur création, les Verts ne regardaient pas du côté de l’industrie. Mais les temps ont changé », reconnaît-elle. Elle propose ainsi un « pacte » aux entreprises souhaitant atteindre les objectifs climatiques, et leur promet le soutien financier de l’État.

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Pour Annalena Baerbock, les décisions centrales doivent être prises dans les dix années à venir, à travers un programme d’investissements de 50 milliards d’euros, dont une partie serait financée par des hausses d’impôts. Une mesure qui effraie les milieux économiques. La candidate des Verts se veut toutefois optimiste. « Je constate que les entreprises sont souvent plus ambitieuses que certains politiques sur la question climatique », juge-t-elle.