Boris Johnson, brexiter anglais avant tout

« Get Brexit done ! » Il avait promis le Brexit et, aux yeux des Britanniques, il l’a fait. Son slogan en forme de programme politique, Boris Johnson l’a martelé à chaque étape de la campagne des élections générales de 2019. Un slogan porteur d’un souhait exprimé par à peine plus de la moitié des Britanniques, 51,89 % d’entre eux, lors du référendum du 23 mai 2016.

Un pari difficile semé d’embûches

Boris Johnson a finalement été élu sur cette promesse qu’une fois hors de l’Europe, le Royaume-Uni s’en porterait mieux et retrouverait sa grandeur passée. Il en a recueilli les fruits, devenant premier ministre en obtenant une majorité absolue à la Chambre des communes, puis confirmant haut la main lors des dernières municipales, le 6 mai 2021 : son parti s’est imposé dans les régions du nord et du centre de l’Angleterre, brisant ce « mur rouge » traditionnellement travailliste.

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Le héros des brexiters a donc tenu un pari difficile, tant le chemin était pavé d’obstacles : négociations complexes et interminables entre Londres et Bruxelles, souvent au bord de la rupture. «De son point de vue, et de celui des Britanniques, Boris Johnson a réussi », confirme Agnès Alexandre-Collier, professeur de civilisation britannique à l’université de Bourgogne-Franche-Comté. Il a imposé l’idée que désormais tout est à construire. Comme conclure un accord avec d’autres pays hors de la sphère européenne, même s’il doit encore régler les points litigieux avec l’UE – protocole nord-irlandais, pêche, etc.

Comment expliquer ce succès ? Boris Johnson est mû par «le pragmatisme britannique », répond Agnès Alexandre-Collier. « Ce qui compte, ce sont les résultats et les performances au jour le jour, explique-t-elle. Déjà quand il était journaliste, il s’est construit une image d’homme fort, un peu grand gueule, sorte de Gérard Depardieu britannique à l’opposé du politiquement correct, et prêt à des compromissions avec la vérité. » Notamment quand il s’agit de ses engagements envers Bruxelles, induits par l’accord de Brexit. Cette image fonctionne dans cette ère du populisme roi, marquée par la méfiance envers les politiques.

Son Brexit inquiète

«Une réussite superficielle », tempère Clémence Fourton, maîtresse de conférences en études anglophones à Sciences Po Lille, «car elle repose sur l’affichage, le slogan». Boris Johnson peut pourtant continuer sur sa lancée, du moins tant que le gouvernement tient ses promesses économiques et sociales, notamment vis-à-vis de l’électorat des régions défavorisées du nord de l’Angleterre.

L’actuel premier ministre n’est cependant pas un « super Bojo » pour tous les Britanniques. « La politique du Parti conservateur démontre une vision largement ”anglocentrique”, reconnaît Agnès Alexandre-Collier, et qui ne tient pas compte de ses effets sur les régions à la périphérie de l’Angleterre. » Son Brexit remet au premier plan des questions potentiellement explosives pour l’unité du Royaume, comme celle de la frontière entre l’Angleterre et l’Irlande du Nord, ou comme les aspirations à l’indépendance des Écossais. Deux nations britanniques qui ont voté en 2016 pour rester dans l’Union européenne.

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« Le Parti conservateur, censé être le parti de l’Union, s’est rétréci, replié sur l’Angleterre. De l’Irlande du Nord ou de l’Écosse, Boris Johnson n’a pas l’air de faire grand cas», observe Clémence Fourton, qui souligne l’extrême « polarisation» du Royaume-Uni depuis le Brexit. De fait, des fissures apparaissent déjà. La semaine dernière, le Parti conservateur a perdu au profit des libéraux-démocrates un siège dans l’un de ses fiefs, la ville de Che­sham, au nord-ouest de Londres. Or Chesham avait voté en 2016 pour rester dans l’UE. Un simple avertissement pour le premier ministre ?