Biélorussie : Minsk emprisonne, Bruxelles sanctionne

C’est avec lui que tout avait commencé : Sergueï Tikhanovski, un blogueur biélorusse devenu candidat à la présidentielle avant son arrestation en mai 2020. Son procès a débuté jeudi 24 juin avec cinq autres accusés. À huis clos et directement dans le centre de détention numéro 3 de Gomel, une ville du sud-est de la Biélorussie non loin des frontières russes et ukrainiennes.

Retour un an et quelques mois en arrière. En mai 2020, si le mécontentement se fait déjà entendre à travers la Biélorussie, la perspective des manifestations monstres que déclenchera au mois d’août la réélection frauduleuse d’Alexandre Loukachenko à la présidence est encore lointaine. Sergueï Tikhanovski, 41 ans, ancien entrepreneur écœuré par le népotisme de la bureaucratie locale, est devenu blogueur à succès grâce à sa chaîne YouTube « Un pays pour la vie », qui chronique les dysfonctionnements du pays.

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C’est aussi sur YouTube qu’il annonce le 7 mai sa candidature. Il parcourt alors le pays pour récolter les doléances des habitants – qu’il présente ensuite aux près de 140 000 abonnés de sa chaîne – ainsi que des signatures pour lui permettre de se présenter. Très vite, son initiative suscite l’ire du pouvoir biélorusse, qui l’arrête provisoirement au début du mois de mai, puis définitivement quelques semaines plus tard.

Organisation de désordres de masse

Sa femme Svetlana Tikhanovskaïa prendra sa suite, devenant au passage la principale représentante de l’opposition. « Sergueï n’a pas vu nos enfants durant toute cette période, n’a pas entendu notre fille de cinq ans demander ’maman est-ce que tu sûr que papa est toujours vivant ?’ (…) Pendant tous ces mois [en prison], Sergueï n’a pas accordé la moindre concession au régime », a assuré Svetlana Tikhanovskaïa, dans une vidéo enregistrée depuis Vilnius – où elle est réfugiée – et publiée le 24 juin.

Jugé sur quatre chefs d’accusation, dont « organisation de désordres de masse » et « incitation à la haine », Sergueï Tikhanovski risque quinze ans de prison. Deux jours plus tôt, des procureurs biélorusses avaient requis la même peine contre Viktor Babariko, un ancien banquier devenu candidat à la présidentielle et lui aussi arrêté juste avant l’élection.

En revanche, le flou entoure toujours le sort de Roman Protassevitch, dissident arrêté après le détournement d’un avion de la compagnie Ryanair reliant le 23 mai Athènes à Vilnius, et de sa compagne, Sofia Sapega.

« Sous le contrôle total du pouvoir »

Le comité d’enquête biélorusse a annoncé le 25 juin l’assignation à résidence de l’opposant ainsi que de sa compagne, affirmant que les deux prisonniers s’étaient « engagés à soutenir les enquêteurs dans leur investigation et à exposer des complices ». La mesure pourrait représenter pour Sofia Sapega, citoyenne russe, un éventuel prélude à un renvoi vers la Russie.

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Un sort inenvisageable pour Roman Protassevitch, filmé par la télévision d’État biélorusse au début du mois de juin et accusé par le pouvoir d’avoir participé à des « activités terroristes ». Sur l’application de messagerie Telegram, l’opposant de 26 ans animait au plus fort de la contestation l’une des chaînes les plus populaires au sein de l’opposition biélorusse.

« C’est difficile pour moi de commenter les actions du pouvoir, de dire leur objectif. C’est peut-être une sorte de jeu politique », a reconnu son père, interrogé par la BBC, ajoutant que le jeune homme et sa compagne « restent sous le contrôle total du pouvoir ».

La mesure coïncide avec l’annonce par Bruxelles le 24 juin de l’entrée en vigueur de sanctions visant l’économie biélorusse, avec notamment des restrictions sur le commerce du pétrole, des produits du tabac et des engrais potassiques, le principal export du pays. L’Union Européenne a décidé dans le même temps d’interdire la vente à la Biélorussie d’équipements et de logiciels permettant la surveillance d’appels téléphoniques ou de connexions Internet.

Elle a également ajouté plus tôt dans la semaine soixante-dix-huit citoyens biélorusses et huit entités à la liste de ceux placés sous sanctions.