Après les régionales, le RN de Marine Le Pen au pied du mur

Le scrutin des régionales et des départementales à peine franchi, un autre rendez-vous d’importance attend Marine Le Pen sur la route de la présidentielle. Ce dimanche 4 juillet, à 15 heures, elle prononcera à Perpignan (Pyrénées-Orientales) le discours de clôture du 17e congrès du Rassemblement national (RN). Les instances du parti doivent y être renouvelées et surtout sa candidature à la présidence de la République y sera officialisée. Mais d’ici là, les échanges seront animés au sein de la formation qui vient d’essuyer un sérieux revers politique.

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Après les municipales de 2020 où, malgré la prise de Perpignan, le RN avait perdu du terrain et 44 % de ses conseillers, l’échec de dimanche est plus rude encore. Au niveau national, il ne réunit que 20,5 % des voix (selon Ifop Fiducial), contre 27,1 % lors de la précédente édition de 2015.

La protestation par l’abstention

Partout, le RN est en recul : Sébastien Chenu perd environ 15 points dans les Hauts-de-France, Andréa Kotarac en perd 10 en Auvergne-Rhône-Alpes… Aux départementales, il ne remporte aucun canton dans le fief des Pyrénées-Orientales où il espérait pourtant gagner.

Le parti attribue la défaite à la mauvaise organisation des régionales et à l’abstention record qui touche davantage les jeunes et les classes populaires. Le 20 juin au soir, Marine Le Pen avait bousculé ses électeurs, leur intimant de se « déconfiner ». La faible progression enregistrée par le RN entre les deux tours pourrait traduire une forme d’abstention de protestation dans laquelle s’installerait une partie des Français qui ne veulent même plus voter aux extrêmes. Si cette hypothèse devait se confirmer, ce serait une très mauvaise nouvelle pour le RN.

Pour l’heure, Marine Le Pen estime qu’on ne peut tirer aucun enseignement national de ce scrutin local marqué, comme celui des municipales, par le contexte de crise sanitaire. Dimanche, elle s’est empressée d’ouvrir un nouveau chapitre. « La présidentielle apparaît plus que jamais comme l’élection qui permet de changer la politique et les politiques », a-t-elle lancé, donnant « rendez-vous » aux Français.

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Quoi qu’elle en dise, la défaite du RN pose tout de même la question de la ligne du RN et de son leadership à l’extrême droite. Sur le fond, Marine Le Pen a tenté depuis plusieurs années de crédibiliser son offre politique, en gommant quelques aspérités de son projet et en pratiquant l’ouverture.

L’attaque d’Éric Zemmour

Mais ni les candidats ex-LR Thierry Mariani (Paca) et Jean-Paul Garraud (Occitanie), ni l’ex-Debout La France Laurent Jacobelli (Grand Est) ne sont parvenus à faire main basse sur l’électorat de droite, ni à percer chez les seniors et les CSP +. Ce bilan mitigé suscite des controverses. L’eurodéputé RN Gilbert Collard estime « qu’on n’a pas à lisser nos idées ». À l’inverse, le maire de Moissac (Tarn-et-Garonne) et ancien assistant parlementaire de Marion Maréchal, Romain Lopez, considère que la « ligne de synthèse » de Marine Le Pen est la bonne.

Mais c’est de l’extérieur du parti que viennent les critiques les plus rudes. Au lendemain du premier tour, le polémiste Éric Zemmour qualifiait sur la chaîne CNews les responsables du RN de « rentiers qui réclament leurs dividendes. C’est un discrédit de toute la classe politique, mais du RN davantage car ce sont ses électeurs qui se sont le plus abstenus. » Pour se rassurer, la présidente du RN peut regarder les sondages qui lui promettent une qualification au second tour à la présidentielle. Et sur son score aux départementales : dans le 2e canton d’Hénin-Beaumont, le binôme qu’elle forme avec le maire de la cité nordiste, Steeve Briois, a recueilli près de 60 % des suffrages.

Reste que sa personnalité continue de pâtir d’un déficit de crédibilité, comme le montrent avec constance les études d’opinion. Dimanche prochain, Marine Le Pen devra trouver les mots pour convaincre au sein de son propre camp.