©Copyright » Politique de confidentialité » ✆Contacts

dimanche, mai 29, 2022

Un gynécologue visé par 130 plaintes « pour viols et agressions sexuelles »

Le docteur T. sera-t-il un jour jugé devant une cour d’assises ? Et si oui, quand ? Difficile à ce stade de répondre avec certitude. « Ce praticien a aujourd’hui 70 ans et au vu de la lenteur de la justice dans ce dossier, il y a des risques qu’il échappe à son procès. Ce qui serait une violence supplémentaire pour toutes ces femmes qui ont eu le courage de porter plainte », estime Me Blandine Heurton, avocate de trois anciennes patientes qui ont porté plainte pour viol contre ce gynécologue installé durant plus de trente ans dans le Val-d’Oise.

→ À LIRE. La lente reconnaissance des violences gynécologiques

Ces trois plaintes ne sont pas isolées. Elles interviennent dans un dossier d’une ampleur considérable, dévoilé en octobre dernier par une enquête très fouillée du site d’information Les Jours. « Le nombre de plaignantes est hors norme, c’est vrai », reconnaît-on au parquet de Pontoise. À ce jour, 130 femmes ont porté plainte « pour viols et agressions sexuelles » contre ce médecin. Certaines de ces plaintes portent sur des faits prescrits. À ce stade, le médecin est mis en examen pour 75 viols et 14 agressions sexuelles. Il a été laissé en liberté mais placé sous contrôle judiciaire. Son avocat, Me Jean Chevais, indique ne pas vouloir s’exprimer pour l’instant.

« Une ligne classique de défense »

« Devant le juge, le praticien a affirmé que les actes qu’on lui reproche sont des gestes gynécologiques normaux que les patientes auraient mal interprétés. C’est la ligne classique de défense des médecins mis en cause dans ce type d’affaires », souligne un avocat de parties civiles. Le médecin, d’origine vietnamienne, a aussi revendiqué durant ses auditions une pratique « à l’asiatique » de la médecine, plus « douce » que celle d’autres médecins. « Je défends trois femmes dans ce dossier et bientôt une quatrième. Elles savent parfaitement ce qu’est un examen gynécologique. Et elles savent aussi que les gestes de ce médecin relèvent bien d’une qualification pénale », ajoute un autre avocat, Me Franck Lévy.

L’enquête a été mise en route à la suite d’une plainte déposée par une patiente en juin 2013. La justice a alors chargé la gendarmerie de retrouver la trace de tous les patients du docteur T. Au total, 7 465 femmes ont été contactées pour savoir si elles avaient subi des actes médicaux problématiques. Devant les gendarmes, nombre d’entre elles ont décrit des consultations pour le moins surprenantes. Avec un gynécologue prompt à embrasser ou à caresser durant l’examen. « En allant parfois jusqu’au viol. C’est bien cette infraction qui doit être retenue face à un toucher vaginal réalisé sans gants, avec des mouvements de va-et-vient sans aucune justification médicale », souligne Me Heurton. « Certaines plaignantes ont aussi affirmé que ce médecin changeait d’attitude lors de l’examen clinique, qu’il adoptait un comportement sexuel », ajoute l’avocate.

Dans l’immense majorité des cas, ces femmes n’ont pas osé franchir les portes d’un commissariat ou d’une gendarmerie après les faits. « Mes clientes se sont dit que personne n’allait les croire, que c’était peine perdue d’engager un combat judiciaire contre un médecin », indique Me Lévy. « Ce qui a été terrible est que certaines femmes, tout en sachant qu’elles avaient subi des gestes anormaux, se sont quand même posé des questions en se demandant si elles n’avaient pas mal interprété certaines choses. Dans ce contexte, c’est important que la justice vienne leur dire qu’elles sont bien des victimes », ajoute Me Heurton.

L’Ordre pointé du doigt

Une autre question se pose : aurait-il été possible d’intervenir plus tôt contre le gynécologue ? Dans son enquête, le site Les Jours indique que quatre plaintes ont été déposées dès 2005, puis 2008 et 2011. Toutes classées sans suite par le parquet de Pontoise. Plusieurs plaintes déposées devant le conseil de l’Ordre ont elle aussi été rejetées. « L’attitude de l’Ordre dans ce dossier a été lamentable. Il a fermé les yeux », affirme Me Heurton. « Ma cliente est d’abord allée au conseil départemental du Val-d’Oise où on lui dit qu’il n’y avait pas “mort d’homme” et qu’il fallait passer à autre chose. Ensuite, elle est allée devant l’instance disciplinaire nationale où elle a été traitée de manière odieuse. Avec une remise en cause très claire de sa parole », affirme Me Maxime Cessieux.

→ RELIRE. Face aux violences gynécologiques, une charte rappelle les bonnes pratiques

À l’Ordre national, on indique ne pas avoir « d’informations sur ce dossier ». À l’Ordre du Val-d’Oise, il est difficile d’avoir des interlocuteurs sur le sujet. « À chaque plainte, nous avons fait le nécessaire », finit par assurer par mail son ancien président. Selon lui, en 2002, après un premier signalement concernant le docteur T., l’Ordre départemental a déposé plainte contre lui mais n’a pas eu gain de cause devant l’instance disciplinaire régionale. « Dans une deuxième affaire la patiente n’a pas donné suite car son dossier a été classé sans suite par le parquet », affirme ce médecin, en affirmant qu’un troisième dossier a été transmis par l’Ordre départemental aux instances régionales et nationales. Mais la patiente a été déboutée dans les deux cas. « L’impression qui ressort du dossier est que les pratiques de ce médecin étaient connues par plusieurs de ses confrères. Mais qu’une certaine omerta a prévalu », estime Me Heurton.

Autres articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici