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dimanche, mai 29, 2022

Bernard Cazeneuve, réserviste de la République

« Ils sont comme ces statues antiques et amputées, peinant à demeurer debout au milieu d’un champ de ruine. » C’est sans cynisme mais avec consternation que l’ancien premier ministre Bernard Cazeneuve commente le bal des prétendants à l’élection présidentielle. En conclusion du troisième tome de ses mémoires consacrées au quinquennat Hollande (1), le socialiste qui fut tour à tour ministre des affaires européennes, du budget, de l’intérieur, avant de rejoindre Matignon, porte un regard sévère sur l’actuelle scène politique.

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Non pas qu’il soit tombé sous le charme de l’actuel hôte de l’Élysée, un disruptif, selon lui, incapable de résister à l’air du temps. « Faut-il se vouloir un destin de feuille morte pour chercher à ce point le sens du vent », assène Bernard Cazeneuve sans nommer directement Emmanuel Macron. Mais lui, homme du monde d’avant, ne goûte plus un jeu politique dont il désapprouve « les excès » ou les « radicalités parfois violentes ».

Le diagnostic vaut pour les conservateurs nostalgiques du « c’était mieux avant », les écologistes collapsologues, mais aussi pour une partie de sa famille politique. En particulier ses ex-camarades de la gauche du Parti socialiste (PS) qui a fait tant de mal au quinquennat Hollande en refusant les équilibres économiques du social-libéralisme ou en faisant preuve de pusillanimité face à la menace islamiste.

Novembre 2015, la France vacille

Bernard Cazeneuve revient dans ce livre d’entretien avec le journaliste François Bazin sur la deuxième partie du quinquennat. Le 13 novembre 2015, les terribles attentats parisiens. Le ministre de l’intérieur sent alors que, contrairement à la grande mobilisation populaire qui avait suivi les attaques de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher en janvier, la France vacille. « Entre la gauche radicale, de plus en plus ambiguë dans sa relation au pacte républicain et une droite extrême, prête aux pires surenchères (…), il fallait batailler ferme », témoigne-t-il.

Suivit l’affaire de la déchéance de nationalité qui allait fracturer la majorité. Bernard Cazeneuve revient sur cette mesure voulue par Manuel Valls, alors premier ministre, et contre laquelle il a tenté de mettre en garde François Hollande. La proposition de loi poussera la ministre de la justice, Christiane Taubira, à quitter la place Vendôme.

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Mais entre l’actuelle et l’ancien candidat à la présidentielle, Bernard Cazeneuve refuse de trancher, il ménage l’une et l’autre, rejette le piège des deux « gauches irréconciliables » théorisé par Manuel Valls. Sur le fond, l’auteur se range sans hésitation dans le camp républicain et fait de la défense de la nation l’ADN d’une gauche de gouvernement.

Avec Manuel Valls, une divergence tactique

Mais sa divergence est avant tout tactique. « Pour avoir raison de la gauche radicale (…) il ne fallait pas lui donner de l’oxygène en lui offrant l’opportunité de faire passer la gauche républicaine pour le faux nez de la droite », analyse Bernard Cazeneuve.

Nostalgique d’une époque où les leaders socialistes parvenaient à faire cohabiter toute la famille sous le même toit, il veut croire qu’« un chemin est possible ». Celui-ci appelle « une pensée exigeante, c’est-à-dire le refus des facilités, des postures avantageuses », esquisse l’ancien premier ministre avant de porter le coup de grâce aux actuels responsables du PS et sa candidate à la présidentielle. « Depuis des mois je vois la gauche et en son sein les socialistes préconiser le rassemblement et le dépassement en s’accrochant désespérément à la sociale écologie sans que, à aucun moment, le contenu de ce concept ne soit vraiment précisé. »

Au terme d’une trilogie sur son expérience du pouvoir, l’ancien maire de Cherbourg entend incarner une gauche républicaine et qui refuse le mirage de la décroissance comme solution au défi de la crise climatique. Bernard Cazeneuve se tient en retrait, sans fermer tout à fait la porte.

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