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dimanche, mai 29, 2022

face à Washington, Poutine hausse le ton et entretient l’incertitude

Sur le sort de l’Ukraine, Moscou multiplie coups de poker, silences et avertissements. Après la déclaration, mercredi 19 janvier, du président américain Joe Biden semblant exclure une forte riposte occidentale en cas d’« incursion mineure » de la Russie en Ukraine, le Kremlin de Vladimir Poutine s’est contenté de dénoncer des remarques « déstabilisatrices ». « Depuis longtemps, le président russe a compris qu’Américains et Européens n’enverraient pas de soldats prêts à mourir pour aider leur allié ukrainien » prévient un attaché militaire européen à Moscou. Il craint une provocation plus ou moins orchestrée et n’exclut pas une surprise de Vladimir Poutine, passé maître des coups prenant les Occidentaux au dépourvu.

Une question de politique intérieure

En cas d’invasion russe de son voisin, Américains et Européens ont certes brandi la menace de nouvelles sanctions économiques strictes contre Moscou. Mais l’élite russe semble s’en moquer, depuis que les premières mesures, après l’annexion de la Crimée en 2014, n’ont pas réussi à perturber fortement l’économie russe. Au contraire, la diplomatie de l’incertitude de Moscou, maniant l’état de menace permanent, lui permet d’utiliser l’Ukraine pour renforcer ses positions de négociation sur les autres dossiers de tension avec les Occidentaux. Et pour… lancer un message fort en politique intérieure.

« Plus les Occidentaux haussent le ton contre Poutine, plus le président a de soutien en Russie même », rappelle parmi d’autres Igor, un jeune opposant moscovite. Derrière le bras de fer du Kremlin avec l’Ouest, les relents patriotiques du discours officiel repris par les médias publics persuadent une large partie de la population que le pays est encerclé par l’Otan et menacé par les Occidentaux. De quoi faire oublier les chiffres en baisse du pouvoir d’achat et ceux en hausse de la mortalité due au Covid. Et booster la popularité de Vladimir Poutine.

L’ultimatum russe

Alors que l’armée russe a repris ses mouvements de troupes le long de la frontière ukrainienne et, plus au nord, en Biélorussie, les diplomates russes ont averti qu’ils placent la barre haut pour la rencontre, ce vendredi à Genève, entre Sergueï Lavrov et Antony Blinken. Le ministre russe des affaires étrangères a fait passer le message au secrétaire d’État américain : il attend de Washington des réponses écrites. Moscou exige de facto un traité bannissant tout élargissement de l’Otan, notamment à l’Ukraine, mais aussi un renoncement à des déploiements militaires en Europe de l’Est.

→ RELIRE. La diplomatie allemande tiraillée entre Kiev et Moscou

En échange, la Russie, qui juge ses demandes non négociables et dit agir sous la menace du renforcement de l’Otan depuis la chute de l’URSS, ne propose aucun engagement de sa part. Le bras de fer lancé par le Kremlin s’apparenterait moins à un plan d’invasion qu’à une manœuvre pour maintenir la pression sur les Occidentaux. Avec un dossier clé sur lequel Moscou préfère négocier directement avec Washington en marginalisant l’Europe : l’architecture de sécurité en… Europe. Le dossier sera au cœur des discussions Lavrov-Blinken à Genève. Mercredi 19, le président français Emmanuel Macron a pourtant appelé à « faire aboutir une proposition européenne ». Son agenda – « construire un plan entre Européens, le partager avec nos alliés dans le cadre de l’Otan, puis le proposer à la négociation à la Russie » – fait sourire à Moscou.

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