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dimanche, mai 29, 2022

L’Irlande teste l’alcool plus cher pour faire baisser la consommation

Qu’il est loin le temps des publicités vantant les bienfaits de la Guinness sur la santé ! En Irlande, le début de l’année 2022 marque le passage à une nouvelle stratégie pour lutter contre la surconsommation d’alcool : l’augmentation des prix. L’unité d’alcool ne peut plus être vendue en dessous de 1 €, soit 10 centimes par gramme d’alcool pur. Désormais, une bouteille de vin à 12,5° coûte 7,40 €, et le pack de 24 bières Budweiser frôle les 40 €, contre 18 € par le passé. Une augmentation qui se fait d’abord ressentir dans les supermarchés et caves, où l’on trouve les produits les moins onéreux.

« Acheter des alcools plus forts »

Dans les rayons de l’hypermarché Tesco de Dundalk, près de la frontière avec l’Irlande du Nord, les clients ne sont pas ravis. « Je trouve cela injuste, et ça sera probablement inefficace », soupire Clodagh Connolly, qui compare les étiquettes. « Ça n’affectera pas ma consommation. Je vais continuer à acheter de l’alcool, ni plus ni moins qu’avant, mais ça me coûtera plus cher. » Sa fille, étudiante de 19 ans, est préoccupée : « Avec ces nouveaux prix, une caisse de bières est quasiment aussi chère qu’une bouteille de vodka. Ça risque de nous encourager à acheter des alcools plus forts. Si vous n’avez que 20 € et que vous voulez faire la fête, vous allez choisir la boisson qui vous fera le plus d’effet… »

Une autre cliente scanne le code-barres d’une bouteille de sauvignon blanc avant de la déposer dans son chariot. « Celle-ci est passée de 8 à 10 €. Moi, je peux me le permettre, mais les gens qui ont des addictions trouveront toujours des moyens de boire : ils détourneront l’argent des repas ou des vêtements… Le gouvernement devrait utiliser la différence de prix pour financer des cures de désintoxication et des programmes de lutte contre l’alcoolisme, ou pour éduquer les enfants ! » Dans le pays, les adultes boivent en moyenne 11 litres d’alcool pur par an (contre 11,7 en France), soit l’équivalent de 116 bouteilles de vin ou 445 pintes de bière.

Jusqu’à 500 canettes empilées

Certaines réactions ont défrayé la chronique, comme celle d’un amateur de Guinness empilant jusqu’à 500 canettes chez lui pour « tenir » toute l’année, mais les estimations des experts sont ambitieuses. Le gouvernement s’appuie sur les chiffres du Sheffield Alcohol Research Group et espère éviter 200 décès par an (on en compte actuellement trois par jour) et quelque 6 000 hospitalisations. La consommation globale devrait baisser d’environ 9 % et jusqu’à 15 % pour les ménages les plus à risque. En République d’Irlande, on estime en effet que la moitié de ceux qui boivent de l’alcool ont des comportements dangereux et que 40 % d’entre eux se livrent à des sessions de « binge drinking » (beuverie organisée) au moins une fois par mois.

→ ENQUÊTE. La frontière irlandaise, futur paradis de la contrebande ?

Parmi les autres mesures de cette loi sur la santé publique, votée en 2018 et appliquée progressivement : des étiquettes indiquant les dangers liés à l’alcool, l’interdiction d’afficher des publicités à proximité des écoles ou de faire des offres promotionnelles sur des boissons alcoolisées, et davantage de limites dans le parrainage d’événements sportifs, notamment les sports mécaniques…

À partir de 14 ans

Pour le ministère de la santé, il s’agit aussi de retarder l’âge de début de la consommation, actuellement autour de 14 ans. Mais à Dundalk, les conversations à ce sujet se terminent par un sourire en coin : il suffit d’un petit détour en voiture pour aller faire ses courses en Irlande du Nord, où les prix ne se sont pas encore alignés.

Les pubs et restaurants, qui affichent déjà des prix plus élevés, sont épargnés. « Pour l’instant ! », tempère Mark Gogarty, patron du bar Oscars, qui donne sur une des rues principales. « L’augmentation du prix du pétrole et de l’électricité va faire augmenter le prix de production de la bière, et ça se répercutera forcément sur nous. » Toutefois, les nouvelles mesures ne l’inquiètent pas. « Les Irlandais ne vont pas arrêter de boire pour autant », rit-il, tout en espérant « que ça amènera plus de monde au pub ». « L’avantage, c’est qu’on y met les gens dehors après une certaine heure, alors que personne ne viendra vous déloger de votre cuisine ! »

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Résultats positifs en Écosse et au pays de Galles

En mai 2018, l’Écosse est le premier pays au monde à introduire un prix minimum par unité d’alcool (50 pence par unité). Les ventes diminuent de 7,7 %, notamment dans les foyers où la consommation était la plus élevée. Le nombre de morts liées à l’alcool a diminué de 21,5 %, même s’il reste le plus élevé du Royaume-Uni, avec 21,5 morts pour 100 000 habitants.

Le pays de Galles a introduit un prix plancher le 2 mars 2020, également à 50 pence par unité d’alcool. Les ventes ont baissé de 8,6 %.

L’Angleterre attend de voir les résultats de ces mesures, et la question de l’indexation sur l’inflation se pose.

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