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dimanche, mai 29, 2022

​Analyse: la stratégie à double tranchant d’O’Toole


Chaque mercredi, notre correspondante parlementaire à Ottawa Marie Vastel analyse un enjeu de la politique fédérale pour vous aider à mieux le comprendre.

Erin O’Toole a révélé son souhait le plus cher pour 2022 dès début janvier, sur Twitter : demeurer chef du Parti conservateur, en courtisant la frange de son caucus et de ses militants qui menacent cette même résolution du Nouvel An. Pour y arriver, il s’est mis à marteler que Justin Trudeau tentait de « normaliser les confinements ». Et il répète que les non-vaccinés doivent être « accommodés ». Une stratégie qui pourrait se révéler à double tranchant.

Le chef de l’opposition officielle a haussé le ton, depuis les Fêtes. Les conservateurs s’opposaient déjà à la vaccination obligatoire, et prônaient plutôt une vaccination volontaire et des tests rapides pour ceux qui la refusent.

Mais voilà que le 5 janvier, Erin O’Toole gazouillait une nouvelle ligne d’attaque. « Justin Trudeau normalise les confinements parce qu’il n’a pas fait son travail », lançait-il, en accusant le premier ministre de ne pas avoir fourni aux provinces les ressources nécessaires à la gestion de la pandémie.

Le message a été repris huit fois en dix jours, de même qu’en point de presse. « Les conservateurs du Canada veulent en finir avec les confinements, les limites imposées à vos libertés et les effets persistants sur la santé mentale de notre société », publiait-il en outre en anglais, comme slogan imbriqué dans une image aux allures d’affichette électorale.

« Il semble concentrer ses efforts, en ce début d’année, à tenter de récupérer la situation à des fins politiques en se pliant aux hésitations de certaines personnes par rapport à la vaccination, que ce soit des membres du parti ou des personnes qu’il voudrait ramener au parti », observe le commentateur politique Tim Powers.

Ce qui pourrait porter fruit de façon temporaire, selon lui. Mais cet ex-stratège conservateur voit aussi poindre deux dangers potentiels.

D’abord, que l’électorat n’oublie pas aussi facilement que l’espère Erin O’Toole, le moment venu, ses prises de position pour les défenseurs des libertés individuelles et du libre-choix de se faire vacciner. « Miser sur le fait que quelqu’un soit frappé d’amnésie ne veut pas dire qu’ils [les électeurs] vont souffrir d’amnésie », illustre-t-il.

Ensuite, que ceux qui lui mènent la vie dure au caucus voient dans son changement de position la permission de lui forcer la main dans d’autres dossiers. « Il y a le risque qu’il se retrouve en négociation ou en marchandage perpétuels pour s’assurer d’avoir des appuis. »

Sondages et mécontents

La stratégie n’a rien d’étonnant, vu l’automne que vient de traverser Erin O’Toole. Son parti est arrivé deuxième aux élections de septembre, ses détracteurs n’ont pas caché leur mécontentement publiquement, et deux pétitions ont demandé (en vain) le devancement du vote de confiance à son endroit.

Le virage pour apaiser ces insatisfaits est donc plus assumé, en cette nouvelle année.

Erin O’Toole sent en outre le vent populaire. Les Canadiens en ont assez des mesures sanitaires. Un sondage Léger mené avec l’Association d’études canadiennes, début janvier, révélait que 58 % des Canadiens étaient satisfaits des mesures mises en place par leur province — une baisse de cinq points de pourcentage en à peine un mois. Idem du côté du taux de satisfaction à l’égard de la gestion de la crise par le fédéral, qui se chiffre désormais à 62 % — une baisse de cinq points depuis début décembre.

Le chef conservateur voit, comme le premier ministre québécois, François Legault, la fatigue populaire s’installer.

Après avoir courtisé le chef caquiste pendant toute la campagne électorale, M. O’Toole s’est toutefois permis de s’opposer à sa « contribution santé ».

Sur ce front, il est cependant à contre-courant de la majorité. La firme Maru Public Opinion constatait, la semaine dernière, que 60 % des Canadiens appuyaient l’idée d’une amende imposée aux non-vaccinés. Mais ce qui explique probablement la position du chef conservateur, c’est que c’est en Alberta qu’on s’y oppose le plus (46 %).

C’est ainsi que, le 6 janvier dernier, M. O’Toole faisait valoir qu’il fallait « trouver des accommodements raisonnables » pour la minorité de Canadiens non vaccinés et atteindre un équilibre « entre protéger la sécurité de la population et prévenir que des gens perdent leur emploi ».

Les Québécois attendent leur tour

Pour l’instant, les conservateurs du Québec ne semblent pas s’inquiéter du réalignement de leur chef. On dit comprendre que son attention soit tournée vers les provinces de l’ouest, d’où viennent principalement ses contestataires. Son virage n’a pas percolé auprès de l’électorat québécois. Mais on espère aussi que cette défense des préoccupations d’une minorité de députés sera de courte durée.

Or, dans le camp des critiques d’Erin O’Toole, on ne paraît pas pour autant satisfaits. On reproche un « manque de leadership » au chef, qui a modifié ses positions.

Une vidéo dans laquelle M. O’Toole affirme — à tort — que Steven Guilbeault aurait promis de mettre fin à l’utilisation des énergies fossiles d’ici 18 mois est aussi mal passée. Le ministre de l’Environnement s’est mal exprimé en entrevue et parlait plutôt de la fin des subventions aux énergies fossiles.

Certains conservateurs ont dénoncé une « désinformation » qui va « trop loin ».

Le chef conservateur avait suscité la colère au sein de son caucus l’an dernier en promettant lui-même, avant les élections, une forme de tarification du carbone.

En s’évertuant maintenant à se réconcilier avec toutes les factions de son parti, Erin O’Toole en déçoit certains et court le risque de s’aliéner de potentiels électeurs dont il aura bien besoin s’il arrive à rester en selle jusqu’au prochain scrutin.

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