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dimanche, mai 29, 2022

pour les maires, « parrainer, c’est soutenir »

Dannemarie (Yvelines), en novembre. Un couple en quête de parrainages pour Florian Philippot se gare devant le domicile de Jean-Pierre Gilard, maire de la commune aux 250 habitants. Les deux soutiens du candidat héraut des antivax n’auront pas le temps de dérouler leur argumentaire.

« Je vous préviens tout de suite : je n’ai jamais parrainé en vingt ans et ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer, coupe court l’édile. Je suis sans étiquette et mon conseil municipal va de la gauche à la droite. Pas question de faire rentrer la politique dans notre village ! »

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À moins de trois mois du premier tour de la présidentielle, de nombreux aspirants à l’Élysée n’ont toujours pas récolté les 500 promesses de signatures d’élus requises pour se présenter. Et parmi eux, certains des mieux placés dans les enquêtes d’opinion. La date limite de dépôt approchant, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ou Éric Zemmour ont publiquement alerté sur le « déni de démocratie » que constituerait leur « empêchement », faute des 500 signatures.

Qu’ils réclament une réforme de la qualification à la présidentielle ou défendent la nécessaire « pluralité » de projets soumis au scrutin, tous brandissent un même principe : parrainage ne vaudrait pas adhésion. « On ne soutient pas, mais on estime qu’un candidat est représentatif d’un courant d’idées dans le pays », distinguait Jean-Luc Mélenchon le 10 janvier.

Transparence généralisée depuis 2016

Mais dans les campagnes, viviers de maires non encartés, les élus racontent un autre rapport aux parrainages. Surtout depuis 2016 et la généralisation de leur publicité. Avant cette réforme, 500 signatures étaient tirées au sort pour chaque candidat et rendues publiques par le Conseil constitutionnel. Une subtilité précieuse lors des démarchages.

« Une grande hypocrisie régnait avant que la transparence totale ne soit décrétée, reconnaît un proche de Marine Le Pen. Les équipes pouvaient faire croire aux maires que leur nom n’avait que peu de chances de sortir, quand ils étaient certains ou presque d’être révélés. Avec la fin du tirage au sort, l’ambiguïté n’est plus possible. » Car les maires doivent souvent se justifier de leur parrainage, publié et diffusé jusque dans la presse locale.

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« Qu’importe ce que peuvent dire les candidats, pour les médias, les autres élus et surtout nos électeurs, parrainer, c’est soutenir, rapporte Michel Fournier, maire des Voivres (Vosges) et président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF). Celui qui parraine doit donc s’attendre à devoir se justifier, sur le fond. »

Cet élu, « indépendant », évoque ainsi l’élection de 1995 et son parrainage pour Jacques Chirac, tiré au sort. « J’ai eu beau dire que son thème de la “fracture sociale” m’intéressait, de nombreux collègues qui me pensaient plutôt à gauche y ont vu une véritable trahison », raconte le septuagénaire. Pour 2022, il ne parrainera personne, pour la première fois, « certain que (sa) signature serait interprétée comme un soutien des 10 000 maires de l’AMRF ».

« Système inadapté à la responsabilité face aux électeurs »

Élu maire de Méral (Mayenne) en 2020, Richard Chamaret finira par donner, lui, son parrainage, « un droit, comme le vote, qu’il faut exercer ». 17 représentants de candidats l’ont déjà sollicité. Mais ce « gaulliste » autoproclamé offrira sa signature au programme qui fera la part belle à la ruralité. « Ça oblige les candidats, au moins tous les cinq ans, à penser à nos territoires et faire des propositions pour la ruralité, explique le président de l’association des maires ruraux de Mayenne. Car nous, derrière, on devra argumenter quand nous serons interpellés sur les marchés. »

Une dissection du parrainage à rebours du geste démocratique quémandé par les candidats. Ou du simple filtre instauré pour éviter la profusion de postulants. « C’est un vrai problème d’organisation démocratique, constate Raul Magni-Berton, professeur de sciences politiques à l’IEP de Grenoble. On fait reposer sur les maires le tri des candidatures, avec un système de parrainage inadapté à leur responsabilité face aux électeurs et à leur dépendance à l’égard d’autres collectivités. »

De là à leur porter préjudice dans la conduite même de leur commune ? « Oui, à la marge, des subventions modulées par le parrainage ont existé, confirme Michel Fournier. Que ces pratiques aient totalement disparu ou pas, le risque même peut encore dissuader de nombreux maires de ne pas signer. »

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Le poids des petites communes

En 2017, 34 % des près de 42 000 élus habilités avaient transmis leur parrainage – contre 36 % en 2012.

Parmi les signatures récoltées par les douze candidats du premier tour, 62 % provenaient des maires. Parmi ces derniers, 52,8 % dirigeaient des communes de moins de 500 habitants.

Depuis 2017, les formulaires ne sont plus collectés puis apportés par les candidats, mais directement envoyés par les élus signataires.

Au moins deux fois par semaine, durant la période de réception, le Conseil constitutionnel publie sur son site Internet une liste actualisée des parrains, avec leurs noms et statuts.

Pour 2022, le Conseil constitutionnel recueillera les parrainages du 30 janvier au 4 mars.

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