©Copyright » Politique de confidentialité » ✆Contacts

mercredi, août 10, 2022

Plannings familiaux, les enjeux d’un changement de nom

C’est un petit amendement parmi les 700 déposés sur le projet de loi « Protection des enfants » adopté en première lecture le jeudi 8 juillet par l’Assemblée nationale. Inséré en commission des affaires sociales par l’une des rapporteures du texte, la députée Michèle Peyron (LREM), il opère pourtant une petite révolution. S’il devait être confirmé par le Sénat, les Françaises ne se verront plus proposer d’aller au « planning familial », mais au « centre de santé sexuelle et reproductive ».

→ ANALYSE. Protection de l’enfance : les raisons d’une loi a minima

Au-delà de la dénomination, c’est bien le sens et la mission du « planning familial », nom générique donné aux centres de planification et d’éducation familiale (CPEF), qui sont interrogés. Il existe actuellement plus d’un millier de ces structures publiques, relevant de la compétence des présidents de départements, souvent rattachés à des hôpitaux des grandes villes, et les services de protection maternelle et infantile (PMI), mais pas uniquement.

Changement de philosophie

Ce nouveau nom, justifié par une volonté de s’aligner sur le vocabulaire européen et de l’OMS, a été critiqué sur tous les bancs. Nathalie Bassire (LR, La Réunion) y voit un changement de philosophie dans la mission des CPEF et a dénoncé une « formulation réductrice qui supprime la notion de famille qui est pourtant fondamentale ». À l’autre bout de l’échiquier politique, la députée Elsa Faucillon (LFI) a émis des doutes d’une tout autre nature : « Ma crainte est que cette nouvelle appellation ne bloque les publics les plus éloignés, qu’elle soit un obstacle à franchir la porte. »

→ ENQUÊTE. Avortement, pourquoi les chiffres augmentent

Trop technique, biologisant, trop tourné vers l’IVG et la contraception, pas assez identifiable… Face aux doutes, le gouvernement a promis de prendre l’avis des professionnels de terrain avant la présentation du texte au Sénat.

Interrogée par La Croix, la gynécologue Ghada Hatem, à la tête de la Maison des femmes de Saint-Denis, avance ses réserves. « Si je ne pense pas qu’il puisse aller jusqu’à bloquer les femmes qui ont réellement besoin d’avorter, ce nom est réducteur et ne reflète pas ce qui se passe dans les CPEF. Ceux-ci ne se réduisent pas à l’IVG et à la contraception. Même quand ils sont adossés aux hôpitaux et sont donc plus tournés vers les actes techniques, ils réorientent toujours vers des psychologues, des conseillers conjugaux. »

« Des séances d’éducation sexuelle et affective dans les collèges »

Alors que la Maison des femmes accueille un CPEF, la médecin fait l’expérience, chaque jour, de la diversité des demandes qui y convergent. « Nous voyons arriver, par exemple, de toutes jeunes filles qui se posent des questions sur la sexualité, sur comment ça va se passer la première fois, témoigne Ghada Hatem. Les CPEF assurent aussi, en grande partie, les séances d’éducation sexuelle et affective dans les collèges et lycées. Si changement de nom il doit y avoir, celui-ci devra évoquer ce qu’est réellement un CPEF : un lieu ressource, de conseil, inclusif, qui accueille sans distinction et gratuitement. »

→ TÉMOIGNAGES. Protection de l’enfance : pour un meilleur accompagnement affectif des enfants placés

Ce changement de nom n’est pas neutre, confirme aussi la psychologue Anne Mortureux, longtemps psychologue au sein du CPEF de l’hôpital de Port-Royal à Paris. « Déjà, l’appellation Planning familial pouvait être compliquée, mais au moins était-elle clairement identifiée et était-elle porteuse de toute une histoire du féminisme », rappelle-t-elle.

À Port-Royal, elle recevait ainsi beaucoup de femmes du nord de Paris qui venaient en cachette pour consulter. Elles avaient alors besoin d’un accueil particulier, d’une attention sur mesure. « Il est regrettable que l’appellation « centre de santé sexuelle et reproductive », très axée sur la biologie, gomme l’histoire des personnes. Elle donne à penser que la sexualité se réduit à la santé des organes, alors que, d’un point de vue psychologique, la maturité sexuelle consiste précisément à savoir lier les parcours de vie, la sensibilité de la personne, et la biologie. Cela suppose nécessairement un accueil global. »

Autres articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici