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samedi, août 13, 2022

« En Nouvelle-Calédonie, les indépendantistes vont devoir trouver une harmonie politique »

La Croix : Dans quelles circonstances politiques Louis Mapou a-t-il été élu ?

Luc Steinmetz : Le gouvernement de Nouvelle-Calédonie est pluraliste. Contrairement à un gouvernement parlementaire, il est composé d’un collège élu à la proportionnelle et non de la seule majorité.

→ LES FAITS. Nouvelle-Calédonie : un indépendantiste kanak à la tête du gouvernement, une première

Le 2 février 2021, l’exécutif est tombé après que les deux groupes indépendantistes – l’Union calédonienne (UC) de Daniel Goa et l’Union nationale pour l’indépendance (UNI) de Louis Mapou – se sont retirés du gouvernement de Thierry Santa (Le Rassemblement, non-indépendantiste). Les deux groupes ont ensuite peiné à s’entendre sur le président à élire, laissant vacant le poste pendant plus de cinq mois.

Maintenant que Louis Mapou a été élu, il leur reste encore à nommer un vice-président, ainsi qu’à répartir les postes du gouvernement les onze secteurs administratifs calédoniens. Si la répartition n’a pas lieu dans les quinze jours qui viennent, il risque d’y avoir un blocage.

Qu’est-ce qui peut changer en Nouvelle-Calédonie avec un président indépendantiste à la tête du gouvernement ?

L. S. : Il est difficile de le dire pour le moment, d’autant que Louis Mapou a largement loué les actions du gouvernement dont il a contribué à précipiter la chute, notamment en matière de gestion de la crise sanitaire. Il semblerait donc qu’il n’ait pas l’intention de rompre brutalement avec la ligne de l’ancien gouvernement.

La période reste incertaine, parce que pour faire adopter des délibérations, Louis Mapou va devoir s’associer à l’ensemble des groupes. Le challenge qui attend le nouveau gouvernement, désormais, c’est de parvenir à faire en sorte que les deux groupes indépendantistes trouvent des terrains d’entente politique, après cinq mois de division.

L’Union Calédonienne de Daniel Goa et l’Union Nationale pour l’Indépendance de Louis Mapou se retrouvent sur leur souhait d’indépendance mais ont, en dehors de ça, des positionnements très différents. L’UNI est d’une gauche plus marxiste que l’UC, qui est plus libérale. Maintenant qu’ils sont parvenus à résorber leur division pour l’élection de Louis Mapou, il va leur falloir trouver une harmonie politique s’ils veulent convaincre les hésitants de voter l’indépendance lors du troisième et dernier référendum, qui se tiendra le 12 décembre prochain.

L’arrivée d’un président indépendantiste peut-elle changer la donne ?

L. S. : Il ne fait aucun doute que les indépendantistes placent dans Louis Mapou de grands espoirs. Étant donné la courte avance des non-indépendantistes aux deux derniers référendums, ils espèrent sûrement utiliser ce poste pour convaincre les hésitants et emporter le « oui ». Mais après cinq mois de déchirement, il leur en reste à peine six pour combler l’écart de voix entre eux et les non-indépendantistes.

→ ANALYSE. Référendum : le gouvernement et les partis calédoniens se projettent sur l’après-Nouméa

En 2018, le non à l’indépendance l’avait emporté avec 56,7 % des voix. En 2020, lors du second référendum, l’écart entre indépendantistes et non-indépendantistes s’était considérablement réduit, avec 53,2 % de non. La très forte mobilisation des indépendantistes kanaks n’a pas suffi.

En élisant un président indépendantiste, les deux groupes espèrent reproduire l’exploit pour faire pencher la balance du côté du oui en décembre. Mais il est assez peu probable que les deux groupes y parviennent en six mois.

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