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mercredi, août 10, 2022

À Nanterre, l’occupation d’un bâtiment de l’université par les «Sans fac» indiffère les étudiants inquiets pour leurs partiels

REPORTAGE – Depuis 40 jours, des «sans-fac» occupent un bâtiment de l’université afin d‘obtenir une affectation en licence ou en master.

Un sac de courses accroché au bout d’une corde flotte dans les airs. Il termine son ascension dans l’encadrement d’une fenêtre, deux étages au-dessus. Plus loin, des militants de l’Unef taguent à la bombe des dizaines de feuilles blanches collées sur un mur. En lettres noires, rouges et vertes, ils écrivent: «La victoire des sans fac est une force pour notre lutte contre la sélection.» Dans une salle du rez-de-chaussée du bâtiment Grappin – nom de l’ancien doyen en mai 1968 – où se trouve la présidence de l’Université, trois étudiants tuent le temps, assis, immobiles. Il faut écrire sur son téléphone et montrer l’écran de ce dernier pour communiquer avec eux – double vitrage oblige, ils n’entendent rien. «Pas possible de parler. Si on change d’avis, on vous recontactera», écrit l’un deux. Force est de constater que «les camarades», comme ils s’appellent entre eux, ne sont pas diserts. Personne n’entre dans ce bâtiment, surveillé par des agents de sécurité. Seule exception: avoir cours et le justifier.

Les occupants se font ravitailler en nourriture depuis l’extérieur par des militants de l’Unef.

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Depuis le 27 octobre, plusieurs dizaines d’étudiants, soutenus par des membres de l’Unef, occupent des locaux de l’Université Paris-X Nanterre (Hauts-de-Seine) dans l’espoir d’obtenir une affectation en licence ou en master. Un mouvement qui surprend alors que nous sommes déjà au mois de décembre. Pourtant, quarante jours après le début de leur mobilisation, l’action des «sans-fac» se poursuit. Jeudi 2 décembre, ils ont été rejoints par des syndicalistes, étudiants d’autres universités et personnalités politiques. Une intrusion musclée, «très brutale», selon Philippe Gervais-Lambony, le président de l’Université de Nanterre. «Ils ont utilisé une échelle pour monter sur les terrasses et passer par les fenêtres. Il y a des personnes de l’extérieur, c’est un cap franchi qui me semble très grave.» Un agent de sécurité s’est fait prescrire une ITT de 5 jours et les personnels qui travaillaient dans le bâtiment ont été évacués. Selon nos informations, 3 000 recours gracieux ont été reçus par l’administration de l’Université. Parmi ces demandes, 140 ont été défendues par le syndicat étudiant de gauche majoritaire à Paris-X. Ce qui a permis à 63 étudiants de trouver une place. Au total, 300 dossiers ont trouvé une fin heureuse. Mais pour le mouvement des Sans fac, il faut aller plus loin.

«L’occupation ne mènera à rien»Hugo Pierson, 22 ans, étudiant en Politique publique, responsable de la section de l’Unef à Nanterre

Le problème est que, s’ils s’accordent sur le fond, les militants sont divisés sur les moyens d’action. Ainsi, pour Hugo Pierson, 22 ans, étudiant en Politique publique à Créteil et responsable de la section de l’Unef à Nanterre, «l’occupation ne mènera à rien.» D’autres, issus de la frange dure du syndicat, l’Unef Tacle (Tendance action collective et lutte étudiante) veulent poursuivre l’occupation. La direction de l’université essaie de temporiser, sans succès, et appelle au calme dans un communiqué de presse en date du 2 décembre.

Le manque de moyens de l’université est pointé du doigt par les étudiants. «C’est le ministère qui doit se saisir du problème et pas l’université. C’est une question de moyens, explique Hugo Pierson, qui tracte devant le restaurant universitaire – les élections Crous se déroulent en ligne cette semaine. On attend une réaction de Frédérique Vidal.» Philippe Gervais-Lambony abonde: «On devrait pouvoir trouver une place pour tout le monde. C’est vraiment le sujet, je suis d’accord. Seulement, Nanterre ne peut pas à elle seule pallier tous les problèmes: manque de locaux, de moyens… Les difficultés sont extrêmes, les personnels n’en peuvent plus, on manque d’enseignants et de personnels administratifs. C’est un problème national qui se transforme en mise en accusation de Nanterre, qui est pourtant une des universités qui a fait le plus.»

Sur presque tous les murs des bâtiments de l’université Paris x-Nanterre, des militants Unef affichent des messages de soutien aux «sans-fac».

Sur le campus, des étudiants indifférents

Pour Jacques Smith, délégué national de l’Uni, «le principal problème est celui de l’orientation, dès l’entrée dans l’enseignement supérieur». L’étudiant en M2 Sciences politiques à Nanterre dénonce l’action d’une minorité «agissante et bruyante qui ne représente aucunement les étudiants».

«Des gens aux dossiers plus que très moyens, qui n’ont pas bossé suffisamment veulent intégrer un master»Thomas, 20 ans, en L3 Sciences po

Dans les couloirs de l’université, la situation suscite l’indifférence. Arthur*, 19 ans, en L1 d’histoire, n’était pas au courant de l’occupation du bâtiment. Mais pour lui, «c’est au moment de la sélection sur Parcoursup, qu’il faut agir». Thomas, 20 ans, en L3 Sciences po, abonde: «L’Unef ne regarde pas l’amont alors qu’il faut chercher les causes. Des gens aux dossiers plus que très moyens, qui n’ont pas bossé suffisamment veulent intégrer un master. Je suis très attaché au principe de mérite. Eux instrumentalisent le diplôme, font de l’idéologie, pas de la défense des étudiants.» Pour un autre étudiant, indifférent, «tant qu’ils ne se servent pas de la violence, ça va».

Le stress des partiels qui approchent

Quelle solution, alors, dans cette situation sclérosée? De nombreuses filières sont en tension (droit, psycho, Staps) et certains étudiants refusent leurs affectations car ces dernières ne sont pas à Nanterre ou pas dans la filière d’origine. Certains ont été affectés à Paris 8 ou Paris 13. «On demande à l’université de se mettre autour de la table pour trouver une solution de sortie», expose Hugo Pierson. Mardi soir dernier, une délégation emmenée notamment par des étudiants de l’Unef était reçue au ministère de l’Enseignement supérieur. En vain. De son côté, le président de l’université propose d’organiser des entretiens individuels avec les «sans-fac», qui seront des entretiens d’aide, de conseil et d’orientation. Pour beaucoup, cette mobilisation fait craindre la perturbation des partiels. Ils commencent, pour certaines filières, la semaine prochaine. «Ça rajoute du stress. Comment ça va s’organiser?», s’inquiète Thomas. «Maintenant qu’ils ont trouvé leur prétexte de lutte, il y a un risque fort que ça arrive, comme souvent», ajoute Jacques Smith. Philippe Gervais-Lambony rassure : «Sauf situation Covid qui évoluerait, nous devrions pouvoir faire passer nos examens. Pour le moment, il n’y a aucune menace d’exprimée sur la tenue des examens.»

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