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vendredi, août 12, 2022

Les Premières Nations choisissent une cheffe pour les représenter

L’Assemblée des Premières Nations (APN) a élu RoseAnne Archibald comme première femme cheffe nationale de son histoire, jeudi. Elle promet de se battre contre les politiques coloniales, au moment où de nombreuses voix des Premiers peuples demandent à Ottawa d’en faire plus pour la réconciliation.

« En faisant ces découvertes de nos petits partout au pays [les tombes non marquées près de pensionnats], nous nous sommes tous réveillés. Ce que les gens ont besoin de réaliser, c’est que les colons ont bénéficié de ce système de pratiques coloniales, et que nous, les autochtones, avons été victimes de génocide », a lancé RoseAnne Archibald, dans son premier discours suivant son couronnement, jeudi soir.

La leader crie a fait campagne sous le thème de la lutte aux injustices, et a adopté un ton plus critique envers l’État canadien. Elle a notamment promis de « jeter à coups de pied le colonialisme », après avoir invité l’APN à « faire l’histoire » en élisant une femme.

« C’est un moment déterminant pour le Canada, alors que nos peuples et nous avons besoin de nos femmes pour nous représenter de manière matriarcale traditionnelle », a écrit sur sa page Facebook RoseAnne Archibald, au 4e tour d’un laborieux processus de vote qui a nécessité cinq tours étalés sur deux jours.

Mme Archibald demandait alors au dernier candidat encore en lice, Reginald Bellerose, de la Saskatchewan, de lui concéder la victoire. Le chef Bellerose a finalement abdiqué, en soirée jeudi, n’arrivant à recueillir que 35,5 % des voix au cinquième tour, loin des 60 % requis par le règlement. L’APN représente 634 Premières Nations, et compte plus de 900 000 membres.

Cheffe d’expérience

RoseAnne Archibald a plus de 30 ans d’expérience en politique, ayant été élue cheffe de sa nation crie de Taykwa Tagamou à l’âge de seulement 23 ans, en 1990. Selon la professeure de droit à l’Université de Montréal Konstantia Koutouki, l’élection de Mme Archibald représente une « victoire sociale et politique importante », étant donné les nombreux enjeux que vivent les femmes et les jeunes autochtones.

« [Mme Archibald est] une candidate qui, pendant toute sa carrière, a été la première femme et la plus jeune personne à occuper presque tous les postes qu’elle a occupés, [ce qui] ferait d’elle un excellent modèle pour les femmes et les jeunes de toutes les Premières nations », analyse la spécialiste du droit autochtone dans un échange de courriels avec Le Devoir.

Ce point de vue a d’ailleurs été exprimé par l’un des candidats à la course à la chefferie de l’APN, le chef Alvin Fiddler, qui s’est retiré mercredi en conférant son appui à RoseAnne Archibald. Il a déclaré qu’il est « important qu’une femme dirige en ces circonstances. »

Le rôle de chef de l’Assemblée des Premières Nations est principalement de représenter les communautés auprès des gouvernements dans les enjeux qui les touchent. Le chef sortant, Perry Bellegarde, avait annoncé en début d’année qu’il ne solliciterait pas de nouveau mandat.

Sous son leadership, diverses lois fédérales touchant les peuples autochtones ont été adoptées, dont la Loi sur les langues autochtones, en 2019. Le projet de loi portant sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones a également été adopté cette année, tout comme celui instaurant un nouveau jour férié fédéral pour souligner la réconciliation.

Pensionnats

L’arrivée de RoseAnne Archibald comme cheffe nationale survient dans un contexte où les sévices commis dans les pensionnats autochtones défraient les manchettes au pays. Quelque 1150 tombes anonymes, principalement d’enfants, ont été découvertes ces dernières semaines près de trois pensionnats de l’Ouest canadien, ce qui pourrait n’être que la pointe de l’iceberg. Des élus issus des Premiers Peuples ont accusé, jeudi, l’inaction du gouvernement fédéral.

La députée du Nunavut, Mumilaaq Qaqqaq, qui est Inuk, a accusé Ottawa d’être encore aujourd’hui complice de l’Église et de protéger les prêtres pédophiles. Aux côtés de son collègue néodémocrate Charlie Angus, elle a présenté la photo du prêtre Johannes Rivoire, qui a sévi dans les écoles nord-canadiennes et qu’une enquête du réseau CBC a retracé dans une maison de retraite en France.

Selon le Nouveau Parti démocratique, le gouvernement n’en fait pas assez pour écrouer les agresseurs des pensionnats. Le parti fédéral demande au ministre de la Justice, David Lametti, de nommer un procureur spécial pour mener l’enquête, et de la conduire jusqu’à la Cour pénale internationale.

Le bureau du ministre Lametti a indiqué par courriel que « le ministre de la Justice [n’a] pas le pouvoir d’initier une enquête criminelle, puisqu’il s’agit d’un pouvoir exclusif des services policiers ».

Plus tôt dans la journée, l’ex-ministre libérale et maintenant députée indépendante Jody Wilson-Raybould, qui est autochtone, a annoncé qu’elle ne sollicitera pas de nouveau mandat aux prochaines élections. Dans sa lettre, partagée sur les réseaux sociaux, elle décrit un Parlement qui a « régressé » et qui est devenu « toxique ». « La politique fédérale, à mon avis, est de plus en plus le triomphe disgracieux de la partisanerie dommageable sur des actions concrètes », a-t-elle tranché.

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