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mercredi, août 10, 2022

Au procès des attentats du 13 novembre, le fonctionnement de la cellule « opex » de Daech

C’est une « véritable industrie des attentats projetés » que l’organisation terroriste Daech a mis en place au cours de l’année 2014. Une industrie mortifère qui a vu sa réalisation le 13 novembre 2015, notamment.

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Les investigations sur les attentats de Paris ont permis aux enquêteurs de mettre au jour l’organisation de la cellule « opex » de Daech, ou cellule des opérations extérieures. Une structure évoquée par plusieurs témoins devant la cour d’assises spéciale de Paris.

Structure hiérarchisée

Si les « prémices des opérations extérieures de Daech commencent en 2013 », d’après le commissaire divisionnaire de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), alias « 562 SI », c’est bien en 2014, année de proclamation du califat, que naît cette cellule dédiée à la projection d’attaques à l’étranger depuis le sol syrien.

Ce bureau des opérations extérieures se structure sous la direction de Mohamed Al Adnani, le porte-parole de Daech, tué en 2016. Il s’appuie sur plusieurs cadres de l’« Amniyat », service de contre-espionnage de l’organisation, ainsi que sur « plusieurs djihadistes étrangers qui ont fait leurs preuves dans des dossiers sensibles », dont Abdelhamid Abaaoud, membre du commando du 13 novembre, décrypte un autre agent de la DGSI, l’enquêteur « 948 SI », à visage caché et en visioconférence, jeudi 18 novembre.

Son fonctionnement est très hiérarchisé, bureaucratique, révélateur de ce qu’est à l’époque le « proto-État » de Daech. À sa tête est placé, en 2015, Oussama Atar, présumé mort mais jugé en son absence dans le dossier du 13 novembre.

Processus de validation

La cellule comprend près de dix bureaux chargés d’organiser des attaques dans la région qui leur est attribuée : Turquie, Tunisie, Russie, Europe… Leurs membres sont principalement recrutés par cooptation, les cadres de Daech voulant y placer des personnes considérées comme fiables.

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« Ils sont chargés d’élaborer les projets, de recruter des opérationnels – une liste de volontaires est régulièrement actualisée – en évaluant leur loyauté, leur performance au combat et leur capacité à s’infiltrer dans le pays cible », détaille l’agent 948 SI.

Les projets sont soumis à la validation de l’émir de la cellule « opex », qui en vérifie les aspects pratiques. Vient ensuite l’échelon du « comité délégué », qui évalue l’intérêt stratégique du projet. Derrière chaque attentat, explique 948 SI, il y a un enjeu stratégique : « L’EI veut démontrer sa puissance, susciter des ralliements, faire pression sur les États. »

Une fois choisies, les recrues sont formées au maniement des armes, à l’utilisation de messageries chiffrées pour déjouer les surveillances, à la confection d’explosifs parfois, avant d’être projetées vers le pays cible, où la cellule « opex » leur assure un soutien logistique. Les djihadistes européens s’appuient sur leurs relations pour trouver des armes et logements sur place. Après plusieurs échecs, le bureau des opérations extérieures décide, pour les attaques parisiennes, de recruter des combattants « plus aguerris » et de leur faire emprunter la route des migrants, « plus pratique que la voie aérienne », décrit 562 SI.

Autonomie des « opérationnels »

Si la structure est pyramidale, une grande marge de manœuvre est paradoxalement laissée aux acteurs sur le terrain, les « opérationnels ».« Ils ont une grande autonomie dans la définition de la cible, le mode opératoire, et la date de passage à l’acte », décrit 948 SI.

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Voilà pour le modèle. Pour le 13 novembre, l’enquête n’a pas permis de définir précisément la genèse du projet : « On ne peut ni savoir quel était le projet initial, ni savoir à quel moment il a été planifié. » L’un des accusés, Osama Krayem, a tout de même affirmé en audition qu’« Oussama Atar a participé à l’envoi de combattants en Belgique » mais ne « définissait pas les cibles » : « Ceux déjà présents en Belgique proposaient les attaques. Je pense qu’Ibrahim El Bakraoui a choisi les cibles pour Paris. » Ibrahim El Bakraoui, considéré comme logisticien en chef avec son frère Khalid, est l’un des kamikazes de l’attentat du 22 mars 2016 à Bruxelles.

L’exploitation d’un ordinateur abandonné ce jour-là par les terroristes belges permet d’ailleurs de révéler que des fichiers comprenant le nom de plusieurs cibles potentielles – « Jeunesses catholiques », « Civitas », « Défense », dans un dossier appelé Targets – ont été consultés deux jours avant le 13 novembre 2015. Dans le même ordinateur, on trouve des images du Bataclan, lieu finalement choisi par le commando. « De nombreux projets d’attaques ont été passés en revue à l’automne 2015, ont conclu les juges d’instruction. Au cours des quelques jours précédant les attaques, des objectifs plus précis ont été arrêtés et des groupes constitués. »

Juste avant l’ouverture du procès en septembre, l’Élysée révélait à la presse que Daech avait conservé un « bureau des opérations extérieures », malgré le net affaiblissement de l’organisation terroriste et l’évolution de la menace vers un terrorisme dit endogène.

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