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mercredi, août 10, 2022

« Label Emmaüs est un outil pour créer de l’emploi »

La Croix : Quelle était l’idée de la place de marché label Emmaüs quand vous l’avez créé il y a cinq ans et comment a-t-elle évolué ?

Maud Sarda : Dans notre esprit, le site Label Emmaüs est une place de marché solidaire conçue pour être le prolongement sur Internet de ce que font les boutiques Emmaüs. Le principe est toujours celui du réemploi : il s’agit de vendre des objets d’occasion collectés et mis en ligne par des personnes en insertion ou des compagnons Emmaüs.

Concrètement, nous formons ces personnes à la vente en ligne : elles apprennent à photographier un produit, à rédiger une annonce, à se servir des outils numériques, à conditionner le colis et à s’occuper du service clients. Les produits sont ensuite livrés en points relais ou à domicile. Ils peuvent aussi être retirés si le client est proche de la boutique qui vend.

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Fin 2016, quand nous nous sommes lancés, nous avions 3 000 produits référencés provenant uniquement de nos boutiques Emmaüs. Cinq ans plus tard, nous avons 1,5 million de produits venant de 160 structures dont des boutiques Emmaüs mais aussi d’autres acteurs de l’économie sociale et solidaire. Les produits peuvent être des livres, des objets de déco, mais aussi des vêtements, des meubles, de l’électroménager ou du matériel high-tech reconditionnés. Nous vendons également des objets issus du commerce équitable ou de nos ateliers de créations d’objets ou encore des vêtements à partir de matériaux de récup.

Alors que nous sommes partis de rien, nous avons quasiment 4 millions de visiteurs par an aujourd’hui. Et la croissance de l’activité double quasiment chaque année. En 2020, notamment, notre visibilité a été très forte et les ventes de livres et de high-tech reconditionnés ont été multipliées par trois.

Label Emmaüs n’est pas qu’un site de vente en ligne. Quelles sont les activités que vous avez créées à côté ?

M. S. : Oui, Label Emmaüs est surtout un outil pour créer de l’emploi. Il nous a d’abord permis de former près de 800 personnes à la vente en ligne chez nous ou chez nos partenaires. En 2018, nous avons ouvert un entrepôt logistique à Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis, pour démarrer une nouvelle activité, Label Plateforme. Il s’agit de récupérer tous les livres qui n’ont pas été écoulés chez nos partenaires et qui partiraient à la benne. On les trie et on essaie de leur redonner une chance en ligne. Cet entrepôt nous a permis d’avoir un chantier d’insertion pour former des personnes sur des métiers en tension, comme préparateur de commandes ou chauffeur livreur. Nous avons aussi, grâce à cet entrepôt, une activité de location et mise en place de mobilier vintage pour l’événementiel.

Nous sommes en train d’ouvrir un deuxième entrepôt, dans le Lot-et-Garonne, sur le même modèle mais avec l’idée de collecter et revendre du mobilier, de le réparer et de le customiser. Nous pensons qu’il y a un vrai potentiel notamment pour récupérer les invendus du commerce comme la loi l’impose désormais. Nous espérons à l’avenir créer des entrepôts dans plusieurs régions.

Ensuite, en 2019, nous avons créé une école qui est labellisée Grande École du numérique. C’est une formation intensive d’une durée de 1 à 5 mois pour devenir chef de projet e-commerce. Elle est ouverte à tout demandeur d’emploi de niveau infra bac. Au bout de trois mois, on cherche un stage et cela aboutit à une certification de compétences. Nous avons déjà formé 122 personnes gratuitement grâce à des formateurs bénévoles issus de d’entreprises partenaires. Avec cette école, nous avons maintenant le projet de créer en septembre 2021 une agence Web avec des apprenants en insertion pour qu’ils soient en capacité de créer des sites d’e-commerce pour des clients.

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Enfin, en janvier 2021, nous avons lancé Trëmma. Si on considère un peu Label Emmaüs comme une sorte d’Amazon solidaire, disons que Trëmma tient plus du Vinted solidaire. Il s’agit de créer la possibilité pour des particuliers de donner des objets, qui sont ensuite vendus en ligne. Le bénéfice va à des projets que nous soutenons, comme la ferme de Baudonne, qui emploie des détenues en fin de peine près de Pau.

Quel est votre modèle économique ?

M. S. : Le budget de notre société coopérative à intérêts collectifs, qui compte 740 sociétaires, qui ont des parts, et une quarantaine de salariés, est à peu près de 2 millions d’euros. Aujourd’hui nous sommes à l’équilibre, grâce notamment aux produits de nos ventes. Sur chaque vente, Label Emmaüs prend 10 % et les 90 % restants vont aux vendeurs.

Mais pour financer nos projets, nous avons toujours besoin d’un peu d’amorçages. C’est pour cette raison que nous lançons une souscription citoyenne sur la plateforme Lita. Nous visons 200 000 €.

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