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samedi, août 13, 2022

la Guyane n’en voit pas le bout

Liliane Destembert ne cache plus son désespoir : « Nous sommes prêts à tout pour rouvrir », lance-t-elle, la voix tremblante. Présidente départementale de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie, elle raconte une Guyane morose et éprouvée. Une Guyane dont les habitants vivent sous un couvre-feu continu depuis plus d’un an et demi maintenant, interdits de sortie entre 19 heures et 5 heures, en semaine et le dimanche.

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L’espoir a brièvement été ravivé lorsque, le 23 juin dernier, le préfet a annoncé la réouverture des bars et des restaurants pour le 7 juillet. Faute d’une nette amélioration, elle vient d’être repoussée d’une semaine, au moins.

Une quatrième vague, « écrite et imminente »

Le taux de contamination, s’il diminue, n’est toujours pas passé sous le seuil d’alerte de 150 cas pour 100 000 habitants. « La situation s’améliore à Cayenne, mais semble désormais se détériorer à Saint-Laurent-du-Maroni, ville proche du Suriname, où les cas sont nombreux et les frontières poreuses », rapporte Benoît Renollet, responsable local de la Croix-Rouge.

Depuis quatre mois que la troisième vague épidémique du Covid-19 sévit, les autorités sanitaires subissent une pression croissante, conscientes que plus les mesures restrictives s’éternisent, moins elles deviennent supportables et légitimes. « Or, nous devons insister sur leur importance, en prévision de la quatrième vague, qui est écrite et imminente », s’inquiète Clara De Bort, directrice de l’Agence régionale de santé de Guyane. Il nous reste quelques semaines avant que l’épidémie ne redémarre de plus belle. » Les effectifs de la réserve sanitaire – le personnel médical venu en renfort depuis la métropole – ont d’ailleurs été renouvelés et doublés ce 6 juillet.

« La norme sociale vis-à-vis du vaccin est extrêmement négative »

Il faut dire que le variant Delta vient d’être détecté en Guyane, importé depuis l’Afrique et le Suriname, tandis que la vaccination patine. Au 20 juin, moins de 32 000 Guyanais avaient reçu leur deuxième dose, soit environ 11 % de la population totale, contre une moyenne nationale de 27,7 %.

Le vaccin est massivement rejeté par les communautés autochtones, très attachées aux traditions et méfiantes à l’égard de la médecine moderne. « D’autant que beaucoup de populations ont été soumises aux fausses nouvelles, aux rumeurs, et ont peu accès à l’information scientifique », ajoute Clara De Bort. Dans le débat politique, refuser la vaccination s’est mué en un moyen de contestation de l’État français, si bien que les relais locaux apparaissent difficiles à mobiliser. Maires et chefs coutumiers, par crainte d’entacher leur réputation, refusent d’en faire la promotion. « La norme sociale vis-à-vis du vaccin est extrêmement négative », relate la directrice de l’ARS, qui rapporte nombre de vaccinations « en cachette ».

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Toutes les communautés présentes en Guyane, toutefois, n’apparaissent pas si réticentes. Les Brésiliens, dont beaucoup ont perdu des prochesrestés au pays, et les Surinamais, qui manquent de doses chez eux, s’estiment pour la plupart reconnaissants d’un tel accès à la vaccination, rapportent les équipes médicales.

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