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vendredi, août 12, 2022

le premier ministre slovène face au parlement européen

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a préféré prendre les devants, alors que le premier ministre slovène Janez Jansa doit prononcer, mardi 6 juillet, le discours inaugural propre à chaque prise de présidence de l’UE. La tribune sera l’occasion pour cet ultranationaliste de présenter sa vision de l’Europe, après quoi il passera au crible des réactions. Les eurodéputés sont bien décidés à ne pas ménager ce dirigeant admirateur de Donald Trump, ami du populiste hongrois Viktor Orban, misogyne, climatosceptique, eurosceptique…

Rendez-vous des remontrances

Ursula von der Leyen, en tournée européenne pour donner le feu vert aux divers plans de relance nationaux, a profité de son déplacement en périphérie de Ljubljana, jeudi 1er juillet, pour mettre les choses au point. La responsable allemande a souligné l’importance de « médias libres, critiques, qui jouent un rôle de surveillance des activités gouvernementales ». « C’est l’essence de la démocratie », a-t-elle insisté aux côtés du dirigeant slovène.

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La Slovénie fait aussi partie des pays que le Conseil de l’Europe accuse d’avoir pris le prétexte de la pandémie pour « introduire des restrictions disproportionnées à la liberté de la presse », notamment avec des coupes budgétaires et des pressions accrues. Dans un long message publié sur le site du gouvernement le 11 mai 2020, intitulé « En guerre avec les médias », Janez Jansa avait accusé « un petit cercle de rédactrices » de « créer une atmosphère d’intolérance et de haine ». En 2016, il avait publiquement traité deux journalistes de « prostituées ». La Commission européenne, dans son rapport sur l’État de droit publié en septembre 2020, avait épinglé déjà la Slovénie pour des cas « fréquents » de harcèlement en ligne et de menaces à l’encontre de journalistes, « rarement sanctionnés par le système judiciaire ».

Ursula von der Leyen s’est clairement positionnée contre les obstructions financières à la liberté de la presse. Alors que Janez Jansa a coupé le robinet des dotations publiques pour l’agence de presse nationale STA, dont la ligne lui déplaisait, la présidente de la Commission européenne a appelé ce dernier à « trouver une solution rapide pour débloquer les fonds », promettant de « surveiller » le dossier.

Quand le litige tourne aux injures

Ce n’est pas le seul litige à solder entre Bruxelles et Ljubljana. Les eurodéputés ne manqueront pas de le rappeler : le premier ministre slovène ne s’est toujours pas mis en règle pour collaborer avec le parquet anti-fraude et anti-corruption, entré en vigueur mardi 1er juin. La cheffe de la toute nouvelle institution judiciaire, Laura Kövesi, dénonce un « manque manifeste de coopération » qui « sape gravement la confiance dans le fonctionnement efficace des systèmes de gestion et de contrôle des financements de l’UE en Slovénie ».

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Janez Jansa a rejeté à deux reprises les noms proposés pour le poste de procureur délégué auprès du parquet européen, ce qui a entraîné la démission fin mai de sa ministre de la justice, Lilijana Kozlovič, membre minoritaire de la coalition gouvernementale (Parti du centre moderne, SMC). Les deux magistrats écartés avaient déjà enquêté sur des allégations de pots-de-vin et d’abus de pouvoir à l’encontre du premier ministre.

Janez Jansa ne semble pas vouloir faire profil bas, ni amende honorable, face aux accusations portées contre lui. Au contraire, il a contrattaqué, vendredi 2 juillet. « La Slovénie n’est pas une colonie », a-t-il répliqué, fustigeant les « tentatives » à Bruxelles de traiter son pays de deux millions d’habitants comme un « pays de seconde zone ». Un peu plus tôt, son ministre de l’intérieur, Ales Hojs, versait dans l’injure à peine voilée. « Peut-être qu’après tout ce que j’ai entendu hier, je pourrais traiter un certain individu de porc », a-t-il dit, à propos de quelqu’un « qui siège haut dans la bureaucratie européenne ». Il a ensuite démenti sur Twitter viser Frans Timmermans, ancien commissaire en charge de l’état de droit, qui avait refusé la veille de se joindre à la traditionnelle photo de groupe, à l’occasion du lancement de la présidence slovène. Le ton est donné. Et cela pour six mois.

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