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dimanche, août 7, 2022

L’Allemagne et quatre alliés veulent tenir le nucléaire à l’écart de la finance verte

La lettre n’est pas datée. Elle serait arrivée le 30 juin à la Commission européenne. Signée par les ministres de l’environnement ou de l’énergie de cinq pays de l’Union européenne (Allemagne, Autriche, Danemark, Luxembourg et Espagne), la missive s’insurge contre un avis de l’organe scientifique interne à Bruxelles, le Centre de recherche commun (CCR). Le 2 avril dernier, l’institution n’a pas vu d’objection à l’idée de rendre le nucléaire éligible aux financements verts.

Voilà qui n’arrange pas la France, ni les pays de l’est de l’UE (Hongrie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie) qui misent en bonne partie sur le nucléaire pour répondre aux engagements européens de réduire d’au moins 55 % les émissions de carbone d’ici à 2030, et d’arriver à la neutralité carbone d’ici à 2050. Les 27 doivent en effet s’entendre sur une « taxonomie Européenne » capable d’encadrer le marché des produits financiers dits « verts » ou « durables ». Sans cette manne d’investissement, pas de transformation de nos modèles énergétiques.

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« Nous craignons que l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie n’endommage de manière permanente son intégrité, sa crédibilité, et donc son utilité », indiquent les cinq pays. « De nombreux épargnants et investisseurs perdraient confiance dans les produits financiers commercialisés comme “durables” s’ils devaient craindre qu’en achetant ces produits, ils financent des activités dans le domaine de l’énergie nucléaire ».

Paris et Berlin en guerre de positions

La taxonomie européenne intègre par ailleurs le principe consistant à « ne pas causer de préjudice important ». Or, la ligue des cinq défend que le nucléaire est une « technologie à haut risque » dont le stockage des déchets pose problème. « Après 60 ans d’utilisation de l’énergie nucléaire, pas un seul élément combustible n’a été éliminé de manière permanente dans le monde », rappellent les signataires.

L’Allemagne s’est engagée à sortir du nucléaire d’ici à 2022, dans la foulée du désastre écologique de l’explosion de la centrale de Fukushima, au Japon. À cette époque, le nucléaire représentait plus de 20 % de la production d’électricité en Allemagne, contre 17 % concernant les énergies renouvelables. À présent, le nucléaire ne représente plus que 11 % de l’énergie produite, contre 45 % concernant l’énergie renouvelable, qui devra atteindre 65 % d’ici à 2030. L’Allemagne, qui achète régulièrement de l’énergie française, nucléaire donc, ambitionne de s’affranchir de cette dépendance, et de ne plus extraire de charbon d’ici à 2038. Berlin compte en revanche sur l’importation de gaz russe, défendue elle aussi comme une « énergie verte de transition ».

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La démarche de l’Allemagne et ses alliés auprès de la Commission constitue une réponse quasi-symétrique à celle de la France, quelques semaines auparavant. Le 17 mars dernier, le président Emmanuel Macron envoyait une lettre à Bruxelles signée par les six autres leaders européens misant sur le nucléaire. « Nous sommes convaincus que toutes les technologies neutres ou à faibles teneurs en carbone qui contribuent à la neutralité carbone (…) devraient non seulement être reconnues par l’UE, mais également soutenues activement », défendent les signataires. Dans ce duel stratégique pour la transition écologique, les pro nucléaires renvoient au « principe de neutralité technologique » et au traité Euratom qui affiche l’ambition d’une industrie nucléaire européenne depuis 1957.

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